CO129-214 - Public Offices & Others - 1883 — Page 261

CO129 Colonial Office Hong Kong Records 理藩院香港檔案 All AI Reviewed

984 16 Mai [CHAMBRE]

qui existe entre l'exposé des motifs et le rapport de la commission. (Bruit.)

Plusieurs membres à droite. Les ministres ne sont pas à leur banc.

M. de La Rochette. Ce sont cependant les principaux intéressés!

M. Jollbois. On dirait que tout est convenu d'avance.

M. le président. Je les ai fait prévenir.

M. Jolibois. Mon observation ne s'adresse pas à vous, monsieur le président, car nous voyons vos efforts pour que l'orateur soit écouté.

M. de la Rochette. Le rapporteur lui-même n'est pas là; il faut demander la remise à une autre séance.

Plusieurs membres à droite. Attendons les ministres et la commission.

M. de La Billais. Les ministres n'étant pas là, il faut au moins suspendre la séance.

M. le président. La commission et les ministres intéressés dans la question, auteurs du projet de loi, n'étant pas présents, sont sans doute retenus au dehors par l'affaire elle-même.

On ne peut ni obliger l'orateur à ne pas avoir ses adversaires en face de lui, ni obliger ceux-ci à ne pas l'entendre. Nous pouvons donc suspendre la séance. (Marques d'assentiment.)

La séance va être suspendue pour quelques instants.

(La séance, suspendue à deux heures vingt minutes, est reprise à deux heures trente-cinq minutes.)

M. Jules Delafosse. Messieurs, il y a, au seuil de ce projet, un point qui me paraît être en dehors de toute contestation: c'est que le maintien du statu quo au Tonkin est impossible, c'est que le traité passé en 1874 entre l'Annam et la France est aujourd'hui lettre morte, c'est que la situation de la France au Tonkin est devenue absolument intolérable, et que, si nous ne répondons pas à la politique cauteleuse et hostile de l'Annam par une démonstration vigoureuse, par un acte de force, c'en est fait, non-seulement de notre situation au Tonkin, mais de toute l'influence française dans l'extrême Orient (Assentiment à droite.) Il y a donc nécessité, selon moi, il y a même urgence à faire quelque chose. Mais après avoir décidé qu'on fera quelque chose, il s'agit de savoir, il s'agit de définir ce que l'on fera. (Très bien ! à droite.)

DEBATS PARLEMENTAIRES

Année 1883

Quel est le caractère du protectorat? C'est, | commission qui est composée d'hommes distingués, choisis tout exprès dans les bureaux comme une élite.

M. Jules Delafosse. Je suis, quant à moi, très résolument opposé au système de l'occupation militaire.

... (text continues)

...

M. Jules Delafosse. J'estime, messieurs, que c'est une mortelle imprudence pour un pays dans la situation du nôtre de répandre ainsi ses forces militaires aux quatre vents; car en cas de conflit, non seulement nous diminuons d'autant nos ressources continentales; mais nous offrons un champ plus large aux coups de l'ennemi.

La France, messieurs, je puis bien le répéter...

Il me reste une dernière question, et c'est la plus grave, à mon avis. Je veux parler des dispositions présentes et de la conduite éventuelle de la Chine en présence de notre occupation...

Page 985

(continue)

...

M. Paul Bert. On ne dirait pas un tribun anglais !

M. Jules Delafosse. Je n'ai pas entendu l'interruption.

...

M. Léon Chevreau. Très bien ! C'est très juste.

M. Jules Delafosse. J'ajoute que ces inconvénients et ces charges sont doublés d'un danger, danger qui résulte selon moi de l'éparpillement de nos forces militaires sur tous les points du globe.

...

16 Mai (CHAMBRE) 935

ter ici puisqu'on l'a dit avec tant d'éclat devant le Sénat, la France est isolée; je ne recherche pas pour quelles causes, je ne veux pas rouvrir incidemment le débat qui vient de se produire au Luxembourg. Mais on dit que la France est isolée, et j'ai entendu M. le ministre des affaires étrangères, après avoir reconnu cet isolement, déclarer qu'il nous imposait la plus extrême vigilance.

M. le ministre des affaires étrangères a raison de penser et de parler ainsi; mais qu'il me permette de lui dire que la vigilance n'est pas la seule obligation que l'isolement nous commande; il nous impose aussi la concentration de nos forces.

...

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984 16 Mai [CHAMBRE] qui existe entre l'exposé des motifs et le rapport de la commission. (Bruit.) Plusieurs membres à droite. Les ministres ne sont pas à leur banc. M. de La Rochette. Ce sont cependant les principaux intéressés! M. Jollbois. On dirait que tout est convenu d'avance. M. le président. Je les ai fait prévenir. M. Jolibois. Mon observation ne s'adresse pas à vous, monsieur le président, car nous voyons vos efforts pour que l'orateur soit écouté. M. de la Rochette. Le rapporteur lui-même n'est pas là; il faut demander la remise à une autre séance. Plusieurs membres à droite. Attendons les ministres et la commission. M. de La Billais. Les ministres n'étant pas là, il faut au moins suspendre la séance. M. le président. La commission et les ministres intéressés dans la question, auteurs du projet de loi, n'étant pas présents, sont sans doute retenus au dehors par l'affaire elle-même. On ne peut ni obliger l'orateur à ne pas avoir ses adversaires en face de lui, ni obliger ceux-ci à ne pas l'entendre. Nous pouvons donc suspendre la séance. (Marques d'assentiment.) La séance va être suspendue pour quelques instants. (La séance, suspendue à deux heures vingt minutes, est reprise à deux heures trente-cinq minutes.) M. Jules Delafosse. Messieurs, il y a, au seuil de ce projet, un point qui me paraît être en dehors de toute contestation: c'est que le maintien du statu quo au Tonkin est impossible, c'est que le traité passé en 1874 entre l'Annam et la France est aujourd'hui lettre morte, c'est que la situation de la France au Tonkin est devenue absolument intolérable, et que, si nous ne répondons pas à la politique cauteleuse et hostile de l'Annam par une démonstration vigoureuse, par un acte de force, c'en est fait, non-seulement de notre situation au Tonkin, mais de toute l'influence française dans l'extrême Orient (Assentiment à droite.) Il y a donc nécessité, selon moi, il y a même urgence à faire quelque chose. Mais après avoir décidé qu'on fera quelque chose, il s'agit de savoir, il s'agit de définir ce que l'on fera. (Très bien ! à droite.) DEBATS PARLEMENTAIRES Année 1883 Quel est le caractère du protectorat? C'est, | commission qui est composée d'hommes distingués, choisis tout exprès dans les bureaux comme une élite. M. Jules Delafosse. Je suis, quant à moi, très résolument opposé au système de l'occupation militaire. ... (text continues) ... M. Jules Delafosse. J'estime, messieurs, que c'est une mortelle imprudence pour un pays dans la situation du nôtre de répandre ainsi ses forces militaires aux quatre vents; car en cas de conflit, non seulement nous diminuons d'autant nos ressources continentales; mais nous offrons un champ plus large aux coups de l'ennemi. La France, messieurs, je puis bien le répéter... Il me reste une dernière question, et c'est la plus grave, à mon avis. Je veux parler des dispositions présentes et de la conduite éventuelle de la Chine en présence de notre occupation... Page 985 (continue) ... M. Paul Bert. On ne dirait pas un tribun anglais ! M. Jules Delafosse. Je n'ai pas entendu l'interruption. ... M. Léon Chevreau. Très bien ! C'est très juste. M. Jules Delafosse. J'ajoute que ces inconvénients et ces charges sont doublés d'un danger, danger qui résulte selon moi de l'éparpillement de nos forces militaires sur tous les points du globe. ... 16 Mai (CHAMBRE) 935 ter ici puisqu'on l'a dit avec tant d'éclat devant le Sénat, la France est isolée; je ne recherche pas pour quelles causes, je ne veux pas rouvrir incidemment le débat qui vient de se produire au Luxembourg. Mais on dit que la France est isolée, et j'ai entendu M. le ministre des affaires étrangères, après avoir reconnu cet isolement, déclarer qu'il nous imposait la plus extrême vigilance. M. le ministre des affaires étrangères a raison de penser et de parler ainsi; mais qu'il me permette de lui dire que la vigilance n'est pas la seule obligation que l'isolement nous commande; il nous impose aussi la concentration de nos forces. ... (remainder of text continues in this format)
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984 16 Mai [CHAMBRE] qui existe entre l'exposé des motifs et le rap- port de la commiseion. (Bruit.) Plusieurs membres à droite. Les ministres ne sont pas à leur banc. M. de La Rochette. Ce sont cependant les principaux intéresség! M. Jollbois. On dirait que tout est con. yenu d'avance. M. le président. Je les ai fait prévenir. M. Jolibois. Man observation ne s'adresse pas à vous, monsieur le président, car nous voyons vos efforts pour que l'orateur soit écouté. M. de la Rochette. Le rapporteur lui- même n'est pas là; il faut demander la remise à une autre séance. Plusieurs membres à droite. Attendons les ministres et la commission. M. de La Billais. Les ministres n'étant pas là, il faut au moins suspendre la séance. M. le président. La commission et les ministres intéressés dans la question, auteurs du projet de loi, n'étant pas présents, sont gans doute retenus au dehors par l'affaire elle-même. On ne peut ni obliger l'orateur à ne pas avoir ses adversaires en face de lui, ni obliger ceux-ci à ne pas l'entendre. Nous pouvons donc suspendre la séance. (Marques d'assenti- ment.) La séance va être suspendue pour quelques instants. (La séance, suspendue à deux heures vingt minutes, est reprise à deux heures trente- cinq minutes.) M. Jules Delafosse. Messieurs, il y a, au seuil de ce projet, un point qui me parait être en dehors de lonte contestation: c'est que le maintien du statu quo au Tonkin est impossi ble, c'est que le traité passé en 1874 entre 'Annam et la France est aujourd'hui lettre morte, c'est que la situation de la France an Tonkin est devenus absolument intolérable, et que, si noue ne répondons pas à la polítique camieteuse et hostile de l'Andam par une dé- monstration vigoureuse, par un acte de force, c'en est fait, non-seulement de notre situation au Tonkin, mais de toute l'influence française dans l'extrême Orient (Assentiment à droite.) Il y a donc nécessité, selon moi, il y a même urgence à faire quelque chose. Mais après avoir décidé qu'on fera quelque chose, il s'agit de savoir, il s'agit de définir ce que l'on fera. (T.ès bien ! à droite.) DEBATS PARLEMENTAIRES Année 1883 DÉBATS PARLEMENTAIRES Année 1883 K Quel est le caractère da protectorat? C'est, | commission qui est composés d'hommes L. 1. Jules Delafosso. Je suis, quant à moi, Į sent 10 à 15 millions. J'admets qu'à la suite en premier lieu, ce me semble, l'accord pré-nents, d'esprits distingués, choisis tout exprés essieurs, très résolument opposé au sys- dans les bureaux comme une élite, introduiseme de l'occupation militaire. (Rumeurs sur de l'occupation et des réformes que vous opé- alable, le consentement mutuel du gouverne- rerez, l'impôt soft doublé. Il faudra le distri- de pareilles énormités en d'aussi graves quelques bancs.) ment qui protège et de l'Etat protégé. Le pro- buer en trois parts et, si les recettes sont pro tectorat implique non-seulement le respect, tions. (Très bien à droite.) Oht je sais bien que l'avis que j'exprime ici blématiques, le déficit reste certain. Il fant, messieurs, appeler les choses contraire à l'opinion que professe la grande mais an besoin la défense des pouvoirs, des Direz-vous que le commerce français en institutions, des habitades, des intérêts du leur nom. Ce n'est pas le protectorat que con jorité de cette Chambre. Il y a dans le parti bénéficiera ? votre projet; c'est la prise de possession; c'espublicain une école politique qui pousse im- pays et du gouvernement que l'on protège, et Messieurs, il m'en coûte de détruire peut- il exclut, par contre, toute pensée d'opposition. Poccupation militaire et civile: c'est l'occupaiement et aveuglément la France aux en- tion permanente et illimitée. Es alura je uprises coloniales. Elle prétend que la France Tonkin comme une sorte d'Eldorado promis à être quelques illusions, mais on a présenté le tout esprit d'hostilité de la part du pays et du fondé à dire que l'expédition que vous no le devoir de se répandre au dehors, afin de l'exploitation française. On a dit que le Song- gouvernement protégés. proposez se présente à nous exactement sumpenser par cette expansion la diminution la même aspect que l'expédition tunisiena térée et d'influence qu'elle a subie sur Koi était une artère magnifique qui nous Elle a le même point de départ et elle percontinent... (Interruptions à l'extrême gau- permettrait d'exploiter tous les trésors de la Chine. avoir des conséquences infiniment plus redouba) Eh bien, messieurs, qu'est-ce que vous allez faire au Tonkin ? Il ne suffit pas de dire, comme nous le voyons dans le rapport, que nous allons là-bas pour relever linfluence française humiliée, pour y restaurer notre prestige compromis, pour ouvrir au commerce français des déboucõés nouveaux. Ce ne soni lã, messieurs, que des phrases; des phrases qu'il est aisé de faire applandir par une majo rité animée de sentiments patriotiques, et très justement jalouse de notre situation au-dehors. Mais ce n'est pas un plan. Le Gouvernement, dans son exposé des mo- tifs, nous a dit qu'il allait au Tonkin pour s'y établir fortement, sans ajouter aucun détails, sans autre information, en laissant à la Cham bre le soin de deviner le reste. Eh bien! messieurs, est-ce là, vraiment. la situation respective de la France et de l'An- nam? Tout au contraire. Le gouvernement annamite est ouvertement notre enaemi; il nous a fait, depuis le traité de 1874, tout le mal qu'il a pu. Ce n'est qu'à son corps défen- dant qu'il subit l'ingérence de la France dans ses Etats; et, bien loin de se préter bénévole- ment à cette tutelle protectrice sur le Tonkin, il ne la considère et ne la considérera jamais que comme une dépossession. La commission, plus explicite ou peut-être plus indiscrète... (Sourires à droite) nous ap- prend, par la plume de son rapporteur, que nous allons au Tonkin pour y établir le pro- tectorat de la Francs, et l'honorable M. Blancsubé, après avoir ainsi défini l'objet de l'entreprise, nous donne les meilleures rai sous de n'y pas croire. Il y a, messieurs, dans ce rapport, il faut bien le dire, un amoncellement de contradic- Lions, d'inconséquences at de bizarreries, sur lesquelles il est nécessaire de expliquer. Dès lors, je vous demande, messieurs, s'il est raisonnable, s'il est sense, s'il est pratique d'établir un protectorat dans ces conditions. Da reste, comme je ne veux rien avancer qui ne s'appuie sur des preuves ou sur des témoi- gnages qu'on ne puisse récuser, je vous de- mande la permission de vous rappeler en quels termes M. le rapporteur parle de l'An- nam. « L'Annam, dit-il, s'est fait un jeu de ses engagements. Dans un but hostile à la France, il a fait acte de vassal vis à-vis de l'empereur de la Chine... Il a commis des actes équiva- lant à une véritable hostilité en demandant, tout récemment, au vice-roi de Canton des soldats pour nous combattre, en recevant comme des alliés ces bandits qui lui étaient envoyés pour débarrasser les prisona de Can- ton.. Et M. Blancsubé ajoute : Cette mauva se foi de l'Annam nous délie vis-à-vis de lui de ces engagements. Mais, si nous sommes déliés de tout engage- ment avec l'Aanam, il me parait bien inutile et bien singulier de vouloir établir notre pro- tectorat sur une partie de ses Etats! Et puis, qu'est-ce que c'est qu'un protectorat partiel? a-t-on va un protectorat restreint à une province, quand l'Etai dont cette pro- vince fait partie échappe au protectorat? (Très bient très bien! à droite.) C'est de l'inconséquence, de la contradiction, et cela ne mérite même pas d'être discută. Mais il y a, messieurs, une bien autre énor< mité dans le projet, et cette énormité est Fœuvre collective de la commission. Elle est inscrite dans l'article 2, qu'elle a ajoutées de sa propre initiative au projet du Gouverne. ment. Voici en quels termes l'article 2 est rédigé : La haute administration sera confiée à un commissaire général civil de la Républi que chargé d'organiser le protectorat. > Qu'est-ce que cela veut dire ? Quelle est cette façon de mettre la main sur l'administration d'un pays qui ne vous appartient pas encore, qui n'est ni conquis, ni cédé? Prétendez-vous, par là, substituer tout de suite l'autorité fran- çaise à l'autorité annamite? Ou bien voulez vous indiquer par ces mots que vous sabor- rieure du commissaire que vous y envoyez ? donnez l'autorité annamite à l'autorité supé- Si c'est votre pensés, il me semble que ces dispositions devaient être débattues avec le gouvernement annamite. Et alors je vous demande pourquoi vous statuez sans lui et contre lui. tables. | Le Song-Koi n'a qu'un inconvénient, c'est qu'il n'est pas navigable. Il y a deux ans, l'honorable M. Perin vous a démontré que la navigation était à peu près impossible. Si les assertions de notre honorable collègne ne suf fisaient pas, vous pouviez vous faire rensei- 1877, par l'amiral Duperré, de remonter et de reconnaitre le fleuve. Il remonta, le premier jour, avec une canonnière, les deux jours sui- vants, sur des jonques et dut achever le reste du voyage sur des coquilles de noix. Il ne faut donc pas compter aur la navigation du fleuve Rouge. Mais, je trouve le principe de cette politique Il reste à prendre mesure de l'effort qut louable, messieurs, je ne la blâme pas dans nous aurons à faire, des sacrifices que non principe, je crois seulement qu'il y a plus aurons à consentir pour y satisfaire imagination que d'esprit politique à vouloir Il y a une lacune singulière dans l'ermettre en uvre. Je suis partisan, autant posé des motifs et dans le rapport, et fore personne, de l'expansion coloniale da lagner par M. Kergaradec, qui fut chargé en nous est d'y supplier par le raisonnemence, mais seulement dans la mesure Quel est votre dessein au Toukia? U entreprises doivent nous être avantageuses; comme vous le dites, d'y rétablir l'ordre, d d'autres termes, je n'admets de colonies assurer la sécurité. Or, messieurs, vous san velles que celles qui sont appelées dans tous que le Tonkin est depuis de longues a temps prochain à se suffire à elles-mêmes, nées la proie et en quelque sorte le chan penvent recruter chez elles une milice d'exploitation de bandes de plliards qui faz nombreuse, assez bien organisée pour obstacle à tout travail et à tout commerce leur police et assurer leur sécurité, qui Est-ce par l'occupation partielle du delta est des recettes douanières, des ressources fis- de quelques points choisis autour du delea assez abondantes pour n'avoir pas besoin que vous prétendez pargar le pays de recourir au Trésor français. bandes ? Quant à ces colonies qui exigent une occu- Non, messieurs, l'occupation partielle on permanente, qu'il faut peupler de fera reculer, elle ne les détruira pae; cen'e dais avant qu'elles soient peuplées de qu'en élargissant incessamment le cercle ons, à qui nous portons la civilisation sous votre occupation que parviendrez à faire plume de subventions et d'établissements de nette; et, de même que vous avez été forte sorte, d'écoles, de tribunaux, de tra- d'aller en Taniste jusqu'à Kairouan, pour dur publics, de bureaugratie, je tiens ces barrasser la régence des tribus révoltées lonies pour des dépendances aussi dange- armées contre nous, de même vous seres que coûteuses, et j'estime qu'il vaut obligés d'alier jusqu'aux frontières de la Chin eax rester chez soi que de coloniser de de la Birmanie et de l'Annam, pour assa te façon. (Très bien 1 très bien ! à droite.) la sécurité da Tookin. Et si vous att, messieurs, nous avons un exemple tout tez cette tâche telle qu'elle est indiquée ent qu'il m'est bien permis d'invoquer dans le rapport, can'est pas 6 millions qu'il se circonstance : c'est la Tunisie. (Exclama nous demander, c'est 15 ou 20 millions, à gauche.) me demande pourquoi vous ne les réclam pas tout de suite... Voulez-vous dire, au contraire, que vous faites abstraction du gouvernement annamite, que vous passez outre à ses droits et que vous mettez la main sur le Torkin? Alors, pour- quoi parlez-vous de protectorat ? C'est là, per- mettez-moi de vous le dire, une politique sin- gulièrement aventurée, et je m'étonne" qu'une I | On a parlé des richesses minières du Yan- nan. Je n'ai pas à vous apprendre que le Yan- nau est en Chine. Or en vertu du traité de Tien-tain, il n'y a que quelques points du ter- rito're chinois qui soient ouverts au commerce européen; le reste nous est fermé, et, par con- séquent, nous n'avons pas accès au Yannan. Le Song-Kol, fút-il aussi navigable que la Seine, il ne vous conduirait jamais qu'à une muraille infranchissable. Quant à la production agricole, elle con- siste presque exclusivement en riz, et j'ima gine que ce n'est pas sur la production du riz que vous pouvez établir des évaluations comme celles de M. Blancsubs. Mais je suppose que le Tonkin ne trompe aucune de vos prévisions: comment pouvez- vous donner au commerce français l'assurance qu'il sera le convoyeur et l'exploiteur de ces richesses? Il y a dans le rapport un passage qui me paraît être de très bonne politique au point de vue international, mais qui ne laisse pas de m'inquiéter dans l'intérêt du commerce français. Ce passage est celui-ci : honorable rapporteur pense comme vous, sieurs. It ne lui convient pas qu'on parle Tonisie; il a pris ses précautions contre rapprochement qu'il savait inévitable. Biancsubé ne veut pas plus qu'on prononce om de Tunisie que celui d'expédition. Eh , messieurs, M. Blancsubé a deux fois Il faut appeler ce que vous allez faire au kin une expédition parce que c'est une expé on.Et il faut subir ce rapprochement avec la isie, parce qu'il est rigoureusement exact. conquête onéreuse? parce que nous som- obligés d'y entretenir un corps d'occupa- qui grève notre budget d'ané comme an- M. Léon Chevreau. Elle ravive le xe de 25 à 30 millions, sans compter le bud- nir de la Tunisie. norme et le chiffre n'est pas encore fixé, ethious consacrez aux réformes, aux établis jents, aux institutions de tout ordre que le vernement nous fait successivement voter. t-on dire au moins que la Tunisie, onéreuse le Trésor public, ait été avantageuse au merce français? Voix à droite. Ils ne les ont pas ! M. Jules Delafosse.... Je demande quoi vous vous exposez sérieusement i dans quelques mois nous réclamer, sous fa de crédits supplémentaires, ce surplus de ou 20 millions, quand vous pourriez nou demander tout de suite, et en les deman nous exposer pins loyalement et plus série ment votre politique. Car j'ai le droit de i que cette politique, telle qu'elle se prére quoi, messieurs, la Tunisie nous est-elle jets européens sont victimes des violences ou n'est pas sincère... (Réclamations” à g che.) M. Paul Bert. On ne dirait pas tribane anglaise ! M, Jules Delafosse. Je n'ai pas en Finterruption.} M. Paul Bert. Vous dites que ceki pas sincère. Je trouve que le mot est u davantage : le Gouvernement, en s'in- ant par le traité du Bardo de disposer de pot ei des douanes n'a pu faire de la ré- vif. comme nous pouvions l'espérer, - marché français. Il a laissé la régence né- irement ouverte à la concurrence étran- et là, comme partout, la concurrence gère prime notre exploitation. arrivera-t-il du Tonkin? L'honorable M. rubé veut bien nous dire que nous allons voir l'impôt et disposer des douanes, et il re tout de suite le rendement à la somme elle de 80 à 100 millions. Comme cette ation ne repose que sur sa bonne volonté, ¡crois pas qu'il y ait lien de la discuter mane au Tonkin produit annuellement tion, et les revenus de l'impôt produi. M. Jules Delafosse. Je dis que colti pas sincère, parce que vous ne dites pa et le moin qu'on nous doive est mière complète. Voilà pourquoi votre que n'est pas sincère, et j'ajoute qu'e singulièrement onéreuse; car dans ces tions c'est un tribat annuel de 15 : lions que nous aurons à payer pour la sécurité du Tonkin, et je me de messieurs, par quels bénéfices corre nous pourions compenser ces sacrim tains. (Très bien à droite.) M. Roque (de Fillol). Par une * conversion? 257 16 Mai (CHAMBRE) 935 ter ici puisqu'on l'a dit avec tant d'éclat de- vant le Sénat, la France est isolée; je ne re- cherche pas pour quelles causes, je ne veux pas roavrir incidemment le débat qui vient de se produire au Luxembourg. Mais on dit que la France est isolée, et j'ai entendu M. le ministre des affaires étrangères, après avoir reconnu cet isolement, déclarer qu'il nous imposait la plus extrême vigilance. M. le ministre des affaires étrangères a rai- son de penser et de parler ainsi; mais qu'il me permette de lui dire que la vigilance n'est pas la seule obligation que l'isolement nous commande; if nons impose anssi la concen- tration de nos forces. Je pense, messieurs, qu'un pays qui est seal, qui n'a pas d'alliée, qui n'a pas d'amis, qui, su jour des conflits, je ne dis pas probables, mais possibles, ne peut et ne doit compter que sur lui-même, je pense, dis-je, que ce pays Fobligation de tenir toutes ses forces sous sa main; c'est un devoir vital pour lui. Et je ne puis que répéter, à propos du Tonkin, ca que j'ai dit à propos de la Tunisie que c'est sont nos devoirs, doivent être nos forces. (Très bien à droite.) Ainsi, messieurs, le protectorat est un leurre, l'occupation est une charge doublée d'un danger el cependant, je reconnais, comme tout le monde ici, qu'il y a quelque chose à faire au Tonkin. Existe-t-il donc une autre solution? Il y en a une, ou plutôt il y en avait une que je ne re- commande paz, faute de renseignements cer- tains, fante surtout d'autorité suffisante, mais qui est recommandée par les hommes qui semblent le mieux connaitre le Tonkin. Cette solution consistait, non pas à protéger, non pas à occuper le Tonkin, mais à l'émanciper, à l'appeler à la délivrance, à l'aider à se con- stituer en gouvernement autonome et à se donner une administration de son choix, Si vous avez la le rapport avec attention, vous aurez vu que M. Blancsubé présente le peuple tonkinois comme un ami dévoué de la France, attendant nos soldats comme des iì- bérateurs. S'il en est ainsi, la besogne serait facile, et on pouvait l'accomplir sans rencontrer de résistance. Le peuple tonkinois, délivré par nous, constituait un gouvernement autonome qui probablement eût été une restauration de l'ancienne dynastie des Lo; il eût organisé avec notre concours des milices locales, qui, au bout de quelques années, auraient suffi à sa police, assuré sa sécurité, et on retour des ser- vices rendus, il nous eut accordé des privilè- ges qui auraient assuré an commerce français des avantages que vous ne trouverez ni dans l'occupation ni dans le protectorat. Ce plan, messieurs, avait été élaboré et adopté par le cabinet précédent; l'exécution notre marine. en avait été confiée à un officier général de «Notre protection au Tonkin est acquise à tous; et l'Angleterre et l'Allemagne ont pu se convaincre, par de récents exemples, que nous savions la donner avec impartialité et avec cette ampleur, qu'il est bon d'apporter au ré- glement des affaires dans lesquelles des su- des exactions des gouvernements inférieurs.. J'en conclus que si notre justice est acquise à tous au Tonkin comme notre protection, le commerce étranger y aura également ses en- Mais ce n'est pas le vôtre; et non sen~ trées, et comme, malheureusement pour la lement ce n'est pas le vôtre, mais vous France, l'esprit mercantile, l'initiative colo- vous êtes interdit d'y recourir, puisque vous niale est plus développé chez nos rivaux que avez envoyé à l'empereur de l'Annam un chez nous, il est à craindre que dans le Ton-gociateur qui est chargé de faire avec lui un kin occupé, pacifié, policé par nous, ce soient pacte d'alliance on d'amitié. J'ignore pourquoi les étrangers qui fassent le commerce sous vous avez préféré cette combinaison; mais je notre sauvegarde et à l'abri de notre pavillon. naitre les raisons de cette préférence. ne serais pas fâché, je vous l'avone, de con- (Très bien à droite.) M. Léon Chevrean. Très bien ! C'est très juste. M. Jules Delafosse. J'ajoute que ces in- convénients et ces charges sont doublés d'un danger, danger qui résulte selon moi de l'é- parpillement de nos forces militaires sur tous les points da globe. Il court sur ce sujet des explications fâcheu ses que je ne veux pas retenir, et c'est pour cela que je fais appel à la sincérité du Gouver- nement. Je lui demande pourquoi, entre deux plans d'opération, il a cra devoir choisir le plus compliqué, le plus illogique, le plus onéreux et le plus gros d'accidents. (Très bien t très bien à droite.) Il me reste une dernière question...(Bruit.) Je ne retiendrai pas longtemps votre attention, messieurs. J'estime, messieurs, que c'est une mortelle imprudence pour un pays dans la situation du nôtre de répandre ainsi ses forces militaires aux quatre vents; car en cas de conflit, non seulement nous diminuons d'autant nos res- sources continentales; mais nous offrons un champ plus large aux coups de l'ennemi. La France, messieurs, je puis bien le répé-pation Il me reste une dernière question, et c'est la plus grave, à mon avis. Je veux parler des dispositions présentes et de la conduite even- tuelle de la Chine en présence de notre orca-
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984 16 Mai [CHAMBRE]

qui existe entre l'exposé des motifs et le rap- port de la commiseion. (Bruit.)

Plusieurs membres à droite. Les ministres ne sont pas à leur banc.

M. de La Rochette. Ce sont cependant les principaux intéresség!

M. Jollbois. On dirait que tout est con. yenu d'avance.

M. le président. Je les ai fait prévenir. M. Jolibois. Man observation ne s'adresse pas à vous, monsieur le président, car nous voyons vos efforts pour que l'orateur soit écouté.

M. de la Rochette. Le rapporteur lui- même n'est pas là; il faut demander la remise à une autre séance.

Plusieurs membres à droite. Attendons les ministres et la commission.

M. de La Billais. Les ministres n'étant pas là, il faut au moins suspendre la séance.

M. le président. La commission et les ministres intéressés dans la question, auteurs du projet de loi, n'étant pas présents, sont gans doute retenus au dehors par l'affaire elle-même.

On ne peut ni obliger l'orateur à ne pas avoir ses adversaires en face de lui, ni obliger ceux-ci à ne pas l'entendre. Nous pouvons donc suspendre la séance. (Marques d'assenti- ment.)

La séance va être suspendue pour quelques instants.

(La séance, suspendue à deux heures vingt minutes, est reprise à deux heures trente- cinq minutes.)

M. Jules Delafosse. Messieurs, il y a, au seuil de ce projet, un point qui me parait être en dehors de lonte contestation: c'est que le maintien du statu quo au Tonkin est impossi ble, c'est que le traité passé en 1874 entre 'Annam et la France est aujourd'hui lettre morte, c'est que la situation de la France an Tonkin est devenus absolument intolérable, et que, si noue ne répondons pas à la polítique camieteuse et hostile de l'Andam par une dé- monstration vigoureuse, par un acte de force, c'en est fait, non-seulement de notre situation au Tonkin, mais de toute l'influence française dans l'extrême Orient (Assentiment à droite.) Il y a donc nécessité, selon moi, il y a même urgence à faire quelque chose. Mais après avoir décidé qu'on fera quelque chose, il s'agit de savoir, il s'agit de définir ce que l'on fera. (T.ès bien ! à droite.)

DEBATS PARLEMENTAIRES

Année 1883

DÉBATS PARLEMENTAIRES

Année 1883

K Quel est le caractère da protectorat? C'est, | commission qui est composés d'hommes L.

1. Jules Delafosso. Je suis, quant à moi, Į sent 10 à 15 millions. J'admets qu'à la suite en premier lieu, ce me semble, l'accord pré-nents, d'esprits distingués, choisis tout exprés essieurs, très résolument opposé au sys- dans les bureaux comme une élite, introduiseme de l'occupation militaire. (Rumeurs sur

de l'occupation et des réformes que vous opé- alable, le consentement mutuel du gouverne-

rerez, l'impôt soft doublé. Il faudra le distri- de pareilles énormités en d'aussi graves quelques bancs.) ment qui protège et de l'Etat protégé. Le pro-

buer en trois parts et, si les recettes sont pro tectorat implique non-seulement le respect, tions. (Très bien à droite.)

Oht je sais bien que l'avis que j'exprime ici blématiques, le déficit reste certain. Il fant, messieurs, appeler les choses contraire à l'opinion que professe la grande mais an besoin la défense des pouvoirs, des

Direz-vous que le commerce français en institutions, des habitades, des intérêts du

leur nom. Ce n'est pas le protectorat que con jorité de cette Chambre. Il y a dans le parti bénéficiera ? votre projet; c'est la prise de possession; c'espublicain une école politique qui pousse im- pays et du gouvernement que l'on protège, et

Messieurs, il m'en coûte de détruire peut- il exclut, par contre, toute pensée d'opposition. Poccupation militaire et civile: c'est l'occupaiement et aveuglément la France aux en-

tion permanente et illimitée. Es alura je uprises coloniales. Elle prétend que la France Tonkin comme une sorte d'Eldorado promis à être quelques illusions, mais on a présenté le tout esprit d'hostilité de la part du pays et du

fondé à dire que l'expédition que vous no le devoir de se répandre au dehors, afin de l'exploitation française. On a dit que le Song- gouvernement protégés.

proposez se présente à nous exactement sumpenser par cette expansion la diminution la même aspect que l'expédition tunisiena térée et d'influence qu'elle a subie sur

Koi était une artère magnifique qui nous Elle a le même point de départ et elle percontinent... (Interruptions à l'extrême gau-

permettrait d'exploiter tous les trésors de la Chine. avoir des conséquences infiniment plus redouba)

Eh bien, messieurs, qu'est-ce que vous allez faire au Tonkin ? Il ne suffit pas de dire, comme nous le voyons dans le rapport, que nous allons là-bas pour relever linfluence française humiliée, pour y restaurer notre prestige compromis, pour ouvrir au commerce français des déboucõés nouveaux. Ce ne soni lã, messieurs, que des phrases; des phrases qu'il est aisé de faire applandir par une majo rité animée de sentiments patriotiques, et très justement jalouse de notre situation au-dehors.

Mais ce n'est pas un plan.

Le Gouvernement, dans son exposé des mo- tifs, nous a dit qu'il allait au Tonkin pour s'y établir fortement, sans ajouter aucun détails, sans autre information, en laissant à la Cham bre le soin de deviner le reste.

Eh bien! messieurs, est-ce là, vraiment. la situation respective de la France et de l'An- nam? Tout au contraire. Le gouvernement annamite est ouvertement notre enaemi; il nous a fait, depuis le traité de 1874, tout le mal qu'il a pu. Ce n'est qu'à son corps défen- dant qu'il subit l'ingérence de la France dans ses Etats; et, bien loin de se préter bénévole- ment à cette tutelle protectrice sur le Tonkin, il ne la considère et ne la considérera jamais que comme une dépossession.

La commission, plus explicite ou peut-être plus indiscrète... (Sourires à droite) nous ap- prend, par la plume de son rapporteur, que nous allons au Tonkin pour y établir le pro- tectorat de la Francs, et l'honorable M. Blancsubé, après avoir ainsi défini l'objet de l'entreprise, nous donne les meilleures rai sous de n'y pas croire.

Il y a, messieurs, dans ce rapport, il faut bien le dire, un amoncellement de contradic- Lions, d'inconséquences at de bizarreries, sur lesquelles il est nécessaire de expliquer.

Dès lors, je vous demande, messieurs, s'il est raisonnable, s'il est sense, s'il est pratique d'établir un protectorat dans ces conditions. Da reste, comme je ne veux rien avancer qui ne s'appuie sur des preuves ou sur des témoi- gnages qu'on ne puisse récuser, je vous de- mande la permission de vous rappeler en quels termes M. le rapporteur parle de l'An- nam.

« L'Annam, dit-il, s'est fait un jeu de ses engagements. Dans un but hostile à la France, il a fait acte de vassal vis à-vis de l'empereur de la Chine... Il a commis des actes équiva- lant à une véritable hostilité en demandant, tout récemment, au vice-roi de Canton des soldats pour nous combattre, en recevant comme des alliés ces bandits qui lui étaient envoyés pour débarrasser les prisona de Can-

ton..

Et M. Blancsubé ajoute :

⚫ Cette mauva se foi de l'Annam nous délie vis-à-vis de lui de ces engagements.

Mais, si nous sommes déliés de tout engage- ment avec l'Aanam, il me parait bien inutile et bien singulier de vouloir établir notre pro- tectorat sur une partie de ses Etats!

Et puis, qu'est-ce que c'est qu'un protectorat partiel? Où a-t-on va un protectorat restreint à une province, quand l'Etai dont cette pro- vince fait partie échappe au protectorat? (Très bient très bien! à droite.)

C'est de l'inconséquence, de la contradiction, et cela ne mérite même pas d'être discută.

Mais il y a, messieurs, une bien autre énor< mité dans le projet, et cette énormité est Fœuvre collective de la commission. Elle est inscrite dans l'article 2, qu'elle a ajoutées de sa propre initiative au projet du Gouverne. ment. Voici en quels termes l'article 2 est rédigé :

La haute administration sera confiée à un commissaire général civil de la Républi que chargé d'organiser le protectorat. >

Qu'est-ce que cela veut dire ? Quelle est cette façon de mettre la main sur l'administration d'un pays qui ne vous appartient pas encore, qui n'est ni conquis, ni cédé? Prétendez-vous, par là, substituer tout de suite l'autorité fran- çaise à l'autorité annamite? Ou bien voulez vous indiquer par ces mots que vous sabor- rieure du commissaire que vous y envoyez ? donnez l'autorité annamite à l'autorité supé- Si c'est là votre pensés, il me semble que ces dispositions devaient être débattues avec le gouvernement annamite.

Et alors je vous demande pourquoi vous statuez sans lui et contre lui.

tables.

|

Le Song-Koi n'a qu'un inconvénient, c'est qu'il n'est pas navigable. Il y a deux ans, l'honorable M. Perin vous a démontré que la navigation était à peu près impossible. Si les assertions de notre honorable collègne ne suf fisaient pas, vous pouviez vous faire rensei-

1877, par l'amiral Duperré, de remonter et de reconnaitre le fleuve. Il remonta, le premier jour, avec une canonnière, les deux jours sui- vants, sur des jonques et dut achever le reste du voyage sur des coquilles de noix. Il ne faut donc pas compter aur la navigation du fleuve Rouge.

Mais, je trouve le principe de cette politique Il reste à prendre mesure de l'effort qut louable, messieurs, je ne la blâme pas dans nous aurons à faire, des sacrifices que non principe, je crois seulement qu'il y a plus aurons à consentir pour y satisfaire

imagination que d'esprit politique à vouloir Il y a là une lacune singulière dans l'ermettre en uvre. Je suis partisan, autant posé des motifs et dans le rapport, et fore personne, de l'expansion coloniale da lagner par M. Kergaradec, qui fut chargé en nous est d'y supplier par le raisonnemence, mais seulement dans la mesure où Quel est votre dessein au Toukia? U entreprises doivent nous être avantageuses; comme vous le dites, d'y rétablir l'ordre, d d'autres termes, je n'admets de colonies assurer la sécurité. Or, messieurs, vous san velles que celles qui sont appelées dans tous que le Tonkin est depuis de longues a temps prochain à se suffire à elles-mêmes, nées la proie et en quelque sorte le chan penvent recruter chez elles une milice d'exploitation de bandes de plliards qui faz nombreuse, assez bien organisée pour obstacle à tout travail et à tout commerce leur police et assurer leur sécurité, qui Est-ce par l'occupation partielle du delta est des recettes douanières, des ressources fis- de quelques points choisis autour du delea assez abondantes pour n'avoir pas besoin que vous prétendez pargar le pays de recourir au Trésor français. bandes ?

Quant à ces colonies qui exigent une occu- Non, messieurs, l'occupation partielle on permanente, qu'il faut

peupler de fera reculer, elle ne les détruira pae; cen'e dais avant qu'elles soient peuplées de qu'en élargissant incessamment le cercle ons, à qui nous portons la civilisation sous votre occupation que parviendrez à faire plume de subventions et d'établissements de nette; et, de même que vous avez été forte sorte, d'écoles, de tribunaux, de tra- d'aller en Taniste jusqu'à Kairouan, pour dur publics, de bureaugratie, je tiens ces barrasser la régence des tribus révoltées lonies pour des dépendances aussi dange- armées contre nous, de même vous seres que coûteuses, et j'estime qu'il vaut obligés d'alier jusqu'aux frontières de la Chin eax rester chez soi que de coloniser de de la Birmanie et de l'Annam, pour assa te façon. (Très bien 1 très bien ! à droite.) la sécurité da Tookin. Et si vous att, messieurs, nous avons un exemple tout tez cette tâche telle qu'elle est indiquée ent qu'il m'est bien permis d'invoquer dans le rapport, can'est pas 6 millions qu'il se circonstance : c'est la Tunisie. (Exclama nous demander, c'est 15 ou 20 millions, à gauche.) me demande pourquoi vous ne les réclam pas tout de suite...

Voulez-vous dire, au contraire, que vous faites abstraction du gouvernement annamite, que vous passez outre à ses droits et que vous mettez la main sur le Torkin? Alors, pour- quoi parlez-vous de protectorat ? C'est là, per- mettez-moi de vous le dire, une politique sin- gulièrement aventurée, et je m'étonne" qu'une I

|

On a parlé des richesses minières du Yan- nan. Je n'ai pas à vous apprendre que le Yan- nau est en Chine. Or en vertu du traité de Tien-tain, il n'y a que quelques points du ter- rito're chinois qui soient ouverts au commerce européen; le reste nous est fermé, et, par con- séquent, nous n'avons pas accès au Yannan. Le Song-Kol, fút-il aussi navigable que la Seine, il ne vous conduirait jamais qu'à une muraille infranchissable.

Quant à la production agricole, elle con- siste presque exclusivement en riz, et j'ima gine que ce n'est pas sur la production du riz que vous pouvez établir des évaluations comme celles de M. Blancsubs.

Mais je suppose que le Tonkin ne trompe aucune de vos prévisions: comment pouvez- vous donner au commerce français l'assurance qu'il sera le convoyeur et l'exploiteur de ces richesses? Il y a dans le rapport un passage qui me paraît être de très bonne politique au point de vue international, mais qui ne laisse pas de m'inquiéter dans l'intérêt du commerce français. Ce passage est celui-ci :

honorable rapporteur pense comme vous, sieurs. It ne lui convient pas qu'on parle Tonisie; il a pris ses précautions contre rapprochement qu'il savait inévitable. Biancsubé ne veut pas plus qu'on prononce om de Tunisie que celui d'expédition. Eh , messieurs, M. Blancsubé a deux fois Il faut appeler ce que vous allez faire au kin une expédition parce que c'est une expé on.Et il faut subir ce rapprochement avec la isie, parce qu'il est rigoureusement exact. conquête onéreuse? parce que nous som- obligés d'y entretenir un corps d'occupa- qui grève notre budget d'ané comme an- M. Léon Chevreau. Elle ravive le xe de 25 à 30 millions, sans compter le bud- nir de la Tunisie.

norme et le chiffre n'est pas encore fixé, ethious consacrez aux réformes, aux établis

jents, aux institutions de tout ordre que le vernement nous fait successivement voter. t-on dire au moins que la Tunisie, onéreuse le Trésor public, ait été avantageuse au merce français?

Voix à droite. Ils ne les ont pas ! M. Jules Delafosse.... Je demande quoi vous vous exposez sérieusement i dans quelques mois nous réclamer, sous fa de crédits supplémentaires, ce surplus de ou 20 millions, quand vous pourriez nou demander tout de suite, et en les deman nous exposer pins loyalement et plus série ment votre politique. Car j'ai le droit de i que cette politique, telle qu'elle se prére quoi, messieurs, la Tunisie nous est-elle jets européens sont victimes des violences ou n'est pas sincère... (Réclamations” à g che.)

M. Paul Bert. On ne dirait pas tribane anglaise !

M, Jules Delafosse. Je n'ai pas en Finterruption.}

M. Paul Bert. Vous dites que ceki pas sincère. Je trouve que le mot est u davantage : le Gouvernement, en s'in- ant par le traité du Bardo de disposer de pot ei des douanes n'a pu faire de la ré- vif.

comme nous pouvions l'espérer, - marché français. Il a laissé la régence né- irement ouverte à la concurrence étran- et là, comme partout, la concurrence gère prime notre exploitation.

arrivera-t-il du Tonkin? L'honorable M. rubé veut bien nous dire que nous allons voir l'impôt et disposer des douanes, et il re tout de suite le rendement à la somme elle de 80 à 100 millions. Comme cette ation ne repose que sur sa bonne volonté, ¡crois pas qu'il y ait lien de la discuter mane au Tonkin produit annuellement tion, et les revenus de l'impôt produi.

M. Jules Delafosse. Je dis que colti pas sincère, parce que vous ne dites pa et le moin qu'on nous doive est mière complète. Voilà pourquoi votre que n'est pas sincère, et j'ajoute qu'e singulièrement onéreuse; car dans ces tions c'est un tribat annuel de 15 : lions que nous aurons à payer pour la sécurité du Tonkin, et je me de messieurs, par quels bénéfices corre nous pourions compenser ces sacrim tains. (Très bien à droite.)

M. Roque (de Fillol). Par une * conversion?

257

16 Mai (CHAMBRE) 935

ter ici puisqu'on l'a dit avec tant d'éclat de- vant le Sénat, la France est isolée; je ne re- cherche pas pour quelles causes, je ne veux pas roavrir incidemment le débat qui vient de se produire au Luxembourg. Mais on dit que la France est isolée, et j'ai entendu M. le ministre des affaires étrangères, après avoir reconnu cet isolement, déclarer qu'il nous imposait la plus extrême vigilance.

M. le ministre des affaires étrangères a rai- son de penser et de parler ainsi; mais qu'il me permette de lui dire que la vigilance n'est pas la seule obligation que l'isolement nous commande; if nons impose anssi la concen- tration de nos forces. Je pense, messieurs, qu'un pays qui est seal, qui n'a pas d'alliée, qui n'a pas d'amis, qui, su jour des conflits, je ne dis pas probables, mais possibles, ne peut et ne doit compter que sur lui-même, je pense, dis-je, que ce pays Fobligation de tenir toutes ses forces sous sa main; c'est un devoir vital pour lui. Et je ne puis que répéter, à propos du Tonkin, ca que j'ai dit à propos de la Tunisie que c'est là où sont nos devoirs, là doivent être nos forces. (Très bien à droite.) Ainsi, messieurs, le protectorat est un leurre, l'occupation est une charge doublée d'un danger el cependant, je reconnais, comme tout le monde ici, qu'il y a quelque chose à faire au Tonkin.

Existe-t-il donc une autre solution? Il y en a une, ou plutôt il y en avait une que je ne re- commande paz, faute de renseignements cer- tains, fante surtout d'autorité suffisante, mais qui est recommandée par les hommes qui semblent le mieux connaitre le Tonkin. Cette solution consistait, non pas à protéger, non pas à occuper le Tonkin, mais à l'émanciper, à l'appeler à la délivrance, à l'aider à se con- stituer en gouvernement autonome et à se donner une administration de son choix,

Si vous avez la le rapport avec attention, vous aurez vu que M. Blancsubé présente le peuple tonkinois comme un ami dévoué de la France, attendant nos soldats comme des iì- bérateurs. S'il en est ainsi, la besogne serait facile, et on pouvait l'accomplir sans rencontrer de résistance. Le peuple tonkinois, délivré par nous, constituait un gouvernement autonome qui probablement eût été une restauration de l'ancienne dynastie des Lo; il eût organisé avec notre concours des milices locales, qui, au bout de quelques années, auraient suffi à sa police, assuré sa sécurité, et on retour des ser- vices rendus, il nous eut accordé des privilè- ges qui auraient assuré an commerce français des avantages que vous ne trouverez ni dans l'occupation ni dans le protectorat.

Ce plan, messieurs, avait été élaboré et adopté par le cabinet précédent; l'exécution notre marine. en avait été confiée à un officier général de

«Notre protection au Tonkin est acquise à tous; et l'Angleterre et l'Allemagne ont pu se convaincre, par de récents exemples, que nous savions la donner avec impartialité et avec cette ampleur, qu'il est bon d'apporter au ré- glement des affaires dans lesquelles des su- des exactions des gouvernements inférieurs.. J'en conclus que si notre justice est acquise à tous au Tonkin comme notre protection, le commerce étranger y aura également ses en-

Mais ce n'est pas le vôtre; et non sen~ trées, et comme, malheureusement pour la

lement ce n'est pas le vôtre, mais vous France, l'esprit mercantile, l'initiative colo-

vous êtes interdit d'y recourir, puisque vous niale est plus développé chez nos rivaux que

avez envoyé à l'empereur de l'Annam un né chez nous, il est à craindre que dans le Ton-gociateur qui est chargé de faire avec lui un kin occupé, pacifié, policé par nous, ce soient

pacte d'alliance on d'amitié. J'ignore pourquoi les étrangers qui fassent le commerce sous

vous avez préféré cette combinaison; mais je notre sauvegarde et à l'abri de notre pavillon. naitre les raisons de cette préférence.

ne serais pas fâché, je vous l'avone, de con- (Très bien à droite.)

M. Léon Chevrean. Très bien ! C'est très juste.

M. Jules Delafosse. J'ajoute que ces in- convénients et ces charges sont doublés d'un danger, danger qui résulte selon moi de l'é- parpillement de nos forces militaires sur tous les points da globe.

Il court sur ce sujet des explications fâcheu ses que je ne veux pas retenir, et c'est pour cela que je fais appel à la sincérité du Gouver- nement. Je lui demande pourquoi, entre deux plans d'opération, il a cra devoir choisir le plus compliqué, le plus illogique, le plus onéreux et le plus gros d'accidents. (Très bien t très bien à droite.)

Il me reste une dernière question...(Bruit.) Je ne retiendrai pas longtemps votre attention, messieurs.

J'estime, messieurs, que c'est une mortelle imprudence pour un pays dans la situation du nôtre de répandre ainsi ses forces militaires aux quatre vents; car en cas de conflit, non seulement nous diminuons d'autant nos res- sources continentales; mais nous offrons un champ plus large aux coups de l'ennemi.

La France, messieurs, je puis bien le répé-pation

Il me reste une dernière question, et c'est la plus grave, à mon avis. Je veux parler des dispositions présentes et de la conduite even- tuelle de la Chine en présence de notre orca-

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